Zones inondables: «On croit que la nature est sous contrôle, mais c’est une illusion»

Par 10 juin 2010 actualités

Un relais d’interview de Martin Arnould par Le Progrés sur les risques d’inondations dans la Loire :

Dans la Loire, des centaines d’habitations seraient concernées par des risques d’inondation.

Martin Arnould (WWF / CLAV) tire la sonnette d’alarme.

 

Photo Célik Erkul

Photo Célik Erkul

Décembre 2003 : des pluies torrentielles s’abattent sur la Loire. Plusieurs communes du département sont inondées. Des habitations, des grandes surfaces, des entreprises et des équipements publics sont sous les eaux. La crue de 2003 a surpris tout le monde. Sauf Martin Arnould, chargé du programme Rivières vivantes au WWF ! « On croit toujours que la nature est sous contrôle, explique-t-il, mais c’est une illusion. Le problème, c’est que l’on a perdu la mémoire du risque». Martin Arnould pointe du doigt la vallée du Gier où l’on a complètement transformé la rivière. « Au fil des ans, on a mis dans le lit du Gier des dizaines d’habitations, l’autoroute et des bâtiments industriels, sans se soucier du risque ». En 2008, une nouvelle crue a de nouveau tout ravagé. « C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de mort, mais on en n’a tiré aucune leçon », poursuit l’écologiste, qui explique qu’il n’a jamais réussi à mettre en place un travail collectif avec les élus de Saint-Etienne Métropole pour découvrir le Gier et lui permettre de retrouver son cours naturel. Le département de la Loire serait donc à l’image de la France où des milliers de communes seraient soumises à des risques d’inondation, parce qu’il s’est fait tout et n’importe quoi en bordure des rivières, des fleuves… « Grâce au plan Loire Grandeur Nature, explique Martin Arnould, trois usines et un lotissement ont été démolis avec des fonds européens à Brives-Charensac en Haute-Loire, car les risques d’inondation étaient trop forts. » Mais encore faut-il qu’il y ait une volonté politique… « Ce qui n’est pas le cas dans la Loire ». Sauf peut-être au Chambon-Feugerolles où Jean-François Barnier a fait redécouvrir une partie de l’Ondaine pour redonner de l’espace à la rivière. Depuis 20 ans, Martin Arnould prône cette culture du risque au sein du WWF sans pouvoir faire bouger les choses dans la Loire. « On sait qu’il y a des événements climatiques très violents, imprévus, qui soulignent la fragilité de nos sociétés industrielles et mettent en danger la vie des gens », poursuit Martin Arnould qui ne veut plus laisser faire n’importe quoi au bord de l’eau, « comme cette salle de spectacle de 2 000 places à Andrézieux-Bouthéon qui n’a finalement pas été construite grâce aux recours d’une petite association ». Dans la Loire, plusieurs dizaines de communes et des centaines d’habitations seraient concernées par des problèmes d’inondation.

La solution ? « Si l’on ne peut pas déménager tout le monde, on peut chercher à réduire les dégâts par 10 ou par 20 dans les entreprises ou les maisons, au niveau des installations électriques ou du chauffage. Il y a des réponses très bien étudiées, à condition de regarder le risque en face. » Malgré tout, affirme Martin Arnould on continue à construire dans des zones à risques en bordure de la Loire, de l’Onzon ou du Furan. « Dans un même temps les élus veulent construire un barrage pour écrêter les crues sur le Furet, au pied du col de la République à Saint-Etienne, ce qui n’est pas forcément la bonne solution ».

Le problème, conclut Martin Arnould, « ce n’est pas de dire que les élus ont fait des erreurs dans le passé. C’est de dire qu’il ne faut pas recommencer les erreurs du passé pour que la Loire ne connaisse jamais le cauchemar qu’a connue la Vendée».

article original par Frédéric Paillas |   source et complément d’informations