Crues sur la Loire amont et le Gier

Communiqué de presse – 8 novembre 2008

Changer enfin de culture du risque, oui, nous pouvons !

800px-imag2764Des pluies très importantes, évaluées par endroits à plusieurs centaines de litres par m2 ont entraîné des inondations impressionnantes sur le bassin de la Loire amont et sur le Gier, dans le département de la Loire. Il n’y a eu par chance pas de victimes, mais dégâts se chiffrant sans doute à plusieurs dizaines de millions d’euros : ponts emportés, voies de communication coupées, entreprises, maisons, équipements divers inondés. Si les secours ont bien fonctionné, le WWF et les associations du Collectif Loire Amont Vivante ne peuvent que déplorer la lenteur et les insuffisances dans la mise en œuvre, par les pouvoirs publics, en prévention d’une telle catastrophe, d’une culture de réduction de la vulnérabilité.

La réduction de la vulnérabilité, quand elle est mise en œuvre, fonctionne parfaitement.
Sur le Haut bassin de la Loire, où se sont mises en place depuis 1994 des mesures novatrices pour gérer le risque naturel d’inondations, en particulier à Brives-Charensac où 3 usines ont été déplacées en 1996, dans le cadre de la mise en œuvre du Plan Loire Grandeur Nature pour redonner à la Loire son espace de liberté, le passage de la crue, la plus importante depuis 1980 (8 morts, 80 millions d’euros de dégâts) n’a fait globalement que des dégâts mineurs. Le réseau d’alerte et d’annonce des crues a fonctionné, les habitants, les autorités ont réagi avec sang froid, efficacité, la crue est « bien passée ».
Par contre, dès l’aval de Brives-Charensac,  les flots ont à nouveau envahis une entreprise de transports toujours localisée en zone inondable ; des dizaines de camions ont été submergés et les dégâts sont considérables. Dans d’autres endroits, à Aurec, Bas en Basset sur la Loire, mais aussi sur des affluents, des entreprises, des portions de voiries, des équipements publics ont subi des dommages importants. La procédure de catastrophe naturelle va être déclenchée pour témoigner de la solidarité nationale, ce qui est indispensable. Mais tout autant l’est, et c’est affaire de volonté collective, de fermeté de l’Etat, l’urgence d’accélérer la mise en œuvre des mesures de long terme qui s’imposent pour réduire la vulnérabilité de ces territoires et créer la culture du risque qui fait encore défaut.

Dans le département de la Loire, une culture du risque nettement insuffisante.
img_2921Dans le département de la Loire, que ce soit dans la plaine du Forez ou sur le Gier, la crue a pratiquement pris tout le monde de court, à l’exception de la commune de Montrond semble t-il. La prévision n’a pas été à la hauteur, le système d’annonce et d’alerte a mal fonctionné, des dizaines de personnes se sont faites surprendre par la brusque montée des eaux et ont pour certaines tout perdu. Depuis la précédente crue de 2003 qui avait, notamment sur le Gier, montré l’étendue des dommages potentiels, la culture du risque naturel d’inondations n’a donc pas progressé au rythme qu’impose la gravité de la menace. A Rive de Gier, la rivière, beaucoup trop contrainte sur l’ensemble de son parcours où autoroute, zones industrielles, aménagements divers ont occupé la quasi totalité du lit majeur, réduisant à une peau de chagrin les zones d’expansion des crues, le Gier a littéralement envahi la ville et causé des dégâts considérables, sans faire, par chance, de victimes. Sur l’Ondaine, à Firminy, l’inondation a engendré des dégâts impressionnants, les travaux de délocalisation n’ayant que peu avancés depuis la précédente crue de 2003.
Ce retard dans la mise en œuvre d’une politique ambitieuse de réduction de la vulnérabilité coûte très cher aux particuliers et à la collectivité. Il aurait pu être gravissime : sur l’Ecopôle du Forez, qui accueille tous les ans des dizaines de milliers de visiteurs, l’alerte a été donné alors que l’ensemble du site était envahi par l’eau.
Pire, sur la commune d’Andrézieux Bouthéon, très sévèrement touchée par la crue, avec des dizaines de maisons inondées, la municipalité s’entête à vouloir construire en zone inondable une salle de spectacle de plus de 2000 places, malgré 4 annulations du permis de construire par le tribunal administratif de Lyon, suite à des recours de riverains excédés. Sur cette commune, non seulement la culture du risque ne progresse pas, mais elle régresse.

Devant ce constat global de carence, les ONG du Collectif Loire Amont Vivante sont d’autant plus mécontentes que, depuis plus de deux années, elles proposent aux institutions locales de collaborer pour construire ensemble cette culture collective du risque naturel indispensable, à travers la coédition d’un document de sensilibisation validé par le MEEDDAT. Les collectivités, les assureurs, les entreprises, les commerçants, les particuliers ne pourront supporter ad vitam aeternam les carences, les pesanteurs et les lenteurs des politiques publiques en matière de diffusion des principes essentiels de gestion moderne du risque naturel d’inondations. Il est vital, pour réduire la vulnérabilité et diminuer de manière appréciable, comme cela s’est vérifié ailleurs sur le bassin, le montant des dégâts, pour diminuer aussi la charge d’angoisse liée aux inondations et arrêter de les subir, (comme l’a démontré le programme « Freude Am Fluss » initié par l’EP Loire), de construire une culture commune du risque naturel. Pour cela, il faut partager, faire partager le constat de la nécessité de la restauration écologique des fleuves et de leur bassin versant, préalable à une action collective juste et équilibrée.

Informer, communiquer, former, comme le préconise le Grenelle de l’Environnement.
Cela passe donc par un très important travail de communication, de sensibilisation et de formation en direction de tous les riverains du fleuve. Il semble que, dans le département de la Loire, cette vérité d’évidence n’ait pas encore été assimilée, alors que, ailleurs sur le bassin (à Nevers par exemple), collectivités, Etat, Etablissement Public Loire, entreprises, ONG travaillent de concert pour l’appropriation collective du risque naturel d’inondations. Cette absence de volonté des pouvoirs publics locaux de construire une culture partagée du risque naturel est d’autant plus incompréhensible que l’agglomération de St Etienne, dans le département de la Loire a été retenue comme site pilote pour la gestion du risque au titre de la Loi Bachelot de 2003 sur la gestion des risques. Qu’attend-on ?

Nous savons tous que la société ne réparera pas en quelques années un siècle d’aménagements imprudents des zones inondables, de destruction systématique des zones humides, d’artificialisation des bassins versants, d’imperméabilisation des sols, de recalibrage des rivières et ruisseaux. Nous savons que la restauration des zones humides, des espaces alluviaux, ,la désimperméabilisation des sols, la délocalisation de certaines entreprises et habitations les plus exposées est complexe et coûteuse. Mais il est clair, depuis longtemps maintenant, qu’il faut une accélération dans les procédures, un sursaut. Et que, en attendant le lancement des chantiers indispensables, notamment celui du renouvellement du PPRI dans le département de la Loire, aujourd’hui inadapté, il est vital de faire le travail d’information qu’attendent tous nos concitoyens.
Le Grenelle de l’Environnement, dans un de ses ateliers, a insisté sur l’importance de la sensibilisation des acteurs, la formation de chacun à la compréhension profonde des enjeux écologiques ainsi que la participation des citoyens et des corps intermédiaires associatifs dans la mise en œuvre d’une politique environnementale enfin à la hauteur des enjeux. La question de la gestion du risque naturel d’inondations, qui exige une coopération étroite entre tous les acteurs, montre que, dans la Loire, nous sommes encore loin du compte.
Le WWF et le Collectif Loire Amont Vivante rappellent que les crues sont indispensables à la vie et au bon état des fleuves, qui rendent d’indispensables services écologiques aux sociétés humaines. Accélérons le travail de restauration de ces écosystèmes, accélérons le partage de l’information, pour le bénéfice de tous. Oui, nous pouvons !

Contacts.
Pierre Chasseray WWF-France Chargé de communication Tél. 01 55 25 84 61 pchasseray@wwf.fr
Martin Arnould  WWF Programme rivières vivantes / CLAV  Tél. 04 77 21 58 24 marnould@wwf.fr
Alain Bonard Frapna Loire  / CLAV  Tél. 04 77 90 49 39  bonard.alain@gmail.com
Thierry Gardette Les Amis du bord de Loire  / CLAV Tél. 06 30 58 18 77   bordsdeloire@free.fr

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