Semène, Sélune, Sivens, La Bourboule : sale temps pour les rivières vivantes !

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Communiqué de presse – 14 mars 2015

Journée Internationale d’action pour les Rivières
Semène, Sélune, Sivens, La Bourboule : sale temps pour les rivières vivantes !

100 évènements dans 42 pays pour dénoncer la dégradation des rivières
Ce samedi 14 mars 2015, les hommes, les femmes qui aiment les rivières, l’eau et les territoires ruraux vivants célèbrent la « Journée Mondiale des Rivières ». Pour cette 18e édition, 96 évènements sont recensés dans 42 pays. Cette fête vise à renforcer la prise de conscience de la nécessité de stopper la dégradation des fleuves, qui constituent la sève de nos pays. Des milliers de personnes se rassemblent pour dénoncer leur artificialisation croissante et interpeller gouvernements, opinions publiques, entreprises. Nos rivières sont aujourd’hui en crise, leur qualité d’eau se dégrade, notamment du fait de la construction de 50 000 grands barrages qui ont bouleversé leur écologie, l’équilibre économique et social de leurs bassins versants. Et pourtant, la démesure continue, avec, au Brésil, le chantier du gigantesque barrage de Belo Monte. Mais aussi en Ethiopie, au Soudan, en Chine, dans les Balkans, sur le Congo avec le projet délirant de Gran Inga.
Naturellement, la mobilisation citoyenne n’a pas pour seul but de dénoncer : s’appuyant sur la science, elle propose des alternatives pour la gestion durable de l’eau, le maintien des services écosystémiques rendus par des fleuves en bon état. Nous le savons : la sobriété dans les divers usages de l’eau permet de revoir en profondeur le modèle d’aménagement du passé.
Sivens sur le Tescou (81), barrage des Plats, sur la Semène (42) :bétonner coûte que coûte.
En France, un pays qui a suraménagé ses rivières et zones humides, l’heure n’est pas encore à la restauration. Le saccage des cours d’eau est encore perpétré avec entrain, sous la pression d’intérêts particuliers. A Sivens, sur le Tescou, après le drame du 26 octobre dernier, des élus s’obstinent, sous la pression de la FNSEA, à vouloir construire un ouvrage alors que plus de 2 millions de m3 d’eau stockée dans les 185 retenues collinaires existantes sont inutilisés chaque année sur le bassin.
Dans la Loire, où le choix de recourir au rapport de force sur le terrain a été écarté, une minorité composée de l’Etat local et d’un quarteron d’élus a fait passer au forceps la reconstruction du « barrage copier-coller » des Plats, sur la Semène. A aucun moment, les alternatives pour l’approvisionnement en eau potable proposées par les collectivités, divers services de l’Etat n’ont été étudiées. La gestion durable de l’eau attend. C’est le béton qui coule.
Sélune (50), Bourboule (63) : effacer des barrages du passé.
Il semble que des élites hermétiques peinent à comprendre que le monde change et qu’on n’aménage plus comme dans les années 50. Le temps est même venu d’enlever les barrages
en fin de vie, comme les deux grands barrages sur la Sélune, en Normandie : Vezins et La Roche qui Boit, qui, en plus de créer des dommages écologiques considérables, n’ont plus de justification énergétique ni économique. Il ne reste que notre ministre de l’écologie et quelques élus pour s’opposer à des effacements approuvés par les cinq ministres précédents, une majorité de citoyens et engagés par les services de l’Etat depuis plusieurs années.
Sur la Dordogne amont, la pusillanimité de l’administration locale avait empêché, en 2007, l’effacement du barrage EDF non rentable de La Bourboule. Repris par une entreprise d’hydroélectricité non professionnelle, l’ouvrage a été brutalement vidangé le 13 février dernier, relâchant des dizaines de milliers de tonnes de boues qui ont anéanti toute vie sur 20 kilomètres dans les gorges d’Avèze jusqu’à l’entrée de la retenue de Bort les Orgues. C’est le deuxième incident de ce type en moins de 10 ans, avec la rupture de vannes sur le barrage de Tuilière en 2006. Ces incidents montrent que la production hydroélectrique par les grands barrages n’est pas « par nature » une « énergie propre ». La gestion sédimentaire du barrage de La Bourboule n’a jamais été possible
depuis 1994 : il est temps de définitivement enlever ce barrage comme le réclament les pêcheurs, les naturalistes et de nombreux élus de ce territoire.

2015, année clé pour l’Eau en Europe, remettons l’avenir des rivières dans nos mains.
En cette année de bilan pour la mise en oeuvre de la Directive Cadre sur l’Eau de l’Union Européenne, instrument juridique novateur obligeant les Etats à restaurer leurs rivières, ces atteintes ne font pas honneur à la France et montrent le chemin restant à parcourir. Heureusement, il y a des institutions qui donnent l’exemple, comme l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse qui, au sein du Plan Rhône, accompagne un programme de renaturalisation du bassin du fleuve : restauration des anciens lits du Rhône à Péage de Roussillon, dans l’Isère et à Montélimar dans la Drôme. construction de passes à poissons sur les grands barrages de Rochemaure, le Pouzin et Sauveterre.
La remise en eau du lit du Drac qui a retrouvé sa largeur d’antan dans le Champsaur en amont de Grenoble est un autre bel exemple de restauration de rivière. Il y a des institutions qui travaillent bien, qui ont compris que nous n’aurons pas d’avenir si nous ne protégeons les milieux aquatiques. Et qui démontrent qu’il est possible de changer.
C’est pour cela, pour le Tescou, la Dordogne, la Sélune, la Semène, pour les autres rivières dégradées ou menacées, que nous nous rassemblons pour célébrer les rivières vivantes. Les rivières sont dans nos mains, l’avenir est entre nos mains, l’eau est entre nos mains.
[divide style=”3″] La journée internationale d’action pour les rivières, c’est quoi ?
La Journée Mondiale d’Action pour les Rivières a été créée par l’ONG International Rivers en mars 1997 à Curitiba, au Brésil lors de la première réunion internationale des populations affectées par les barrages. De nombreuses ONG étaient cofondateurs comme le Mouvement Anti Barrage Brésil, International Rivers, Save the Narmada Movement d’Inde ou encore European Rivers Network (ERN). Avec des représentants de 20 pays, il a alors été fixé comme objectif, chaque 14 mars, d’unir et d’accorder les opposants et les opprimés par les barrages ou les projets d’ouvrages destructeurs de rivières, de retrouver la santé des bassins versants, et d’exiger une gestion équitable et durable des rivières.

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